Débat à la fois récurrent et d'actualité, la construction européenne, au-delà des consultations
épisodiques organisées au sein des Etats actuels, interpelle tous les Peuples d'Europe
en lutte pour la reconnaissance de leurs droits fondamentaux. Les Ghjurnate Internaziunale
sont un moment privilégié pour aborder ensemble cette importante question, et dégager des
perspectives pour l'avenir.
Le samedi 6 août était organisé,
dans le cadre des Ghjurnate
Internaziunale, un important
débat sur la question européenne.
Les différents participants ont,
comme à l'accoutumée, rappelé les
fondements historiques et les dernières
évolutions de leurs luttes
nationales.
La Catalogne, l'Ecosse, l'Euskadi, et
la Sardaigne étaient respectivement
représentés par Jordi Miro et Uriel
Bertran (E.R.C.), le député Lyod
Quinan et Kevin Williamson
(P.S.C.), Joseba Alvarez Forcada et
Zigor Goieaskoetxea (Batasuna),
Bustianu Compostu (S.N.I.) et
Franciscu Sedda (I.R.S.).
Les questions posées et les échanges
qui ont eu lieu, ont permis de
préciser la vision des uns et des autres
sur la question européenne et,
au-delà des positions conjoncturelles
qui font rarement l'unanimité, de
dégager les grandes lignes d'un projet
européen à porter, si possible, en
commun, de manière efficace.
Les pouvoirs centraux en procès
Certains arguments ont capté l'attention,
tant il est vrai que, même si
les situations sont parfois très différentes,
les problématiques rencontrées
procèdent souvent des mêmes
phénomènes. Les deux délégations
sardes, par exemple, s'accordent à
dénoncer toutes les décisions prises
unilatéralement par le pouvoir central,
notamment lorsque celles-ci
mettent en péril la santé publique et
l'environnement (traitements de
produits nocifs, problème de la base
de la Madalena, etc.) ; le statut
actuel d'autonomie de l'île ayant
prouvé, selon elles, ses limites et
son incapacité à permettre une intégration
européenne profitable au
peuple, l'indépendance devient
l'option la plus sérieuse.
On retiendra, par ailleurs, la forte
mobilisation de la jeunesse écossaise
qui a organisé récemment une
des plus grandes manifestations de
l'histoire de l'Ecosse.
Sur fond de contestation alter-mondialiste,
et d'hostilité vis-à-vis du
positionnement de l'Angleterre en
Irak, discours et actions se radicalisent,
l'indépendance apparaissant
comme une solution des plus réalistes,
et un objectif de plus en plus
accessible, afin de faire entendre la
voix du Peuple écossais dans un
monde et une Europe en pleine
mutation, et aux contours encore
incertains.
De la même manière, les représentants
de Batasuna ont insisté sur les
opportunités qui pourraient se présenter
afin d'orienter la construction
européenne vers d'autres horizons
que ceux définis par les états
nations actuels, plus que jamais
empêtrés dans des logiques imposées
par les puissances d'argent.
Nombreux, dans tous les pays, sont
celles et ceux qui refusent l'idée
d'une Europe construite autour d'intérêts
financiers apatrides, et qui
revendiquent une Europe plus solidaire,
plus sociale. Mais comment
cette Europe pourrait-elle voir le
jour, si elle s'édifiait en niant le
droit, pourtant imprescriptible, de
certains Peuples à disposer d'euxmêmes?
A un moment ou à un autre
il faudra bien que la question des
nations sans états d'Europe fasse
irruption dans tous les débats et sur
toutes les scènes politiques.
Une autre conception de l'Europe
Les Catalans se sont, quant à eux,
depuis longtemps, prononcés pour
une autre conception de l'Europe,
recentrée sur le Sud et la
Méditerranée, où seraient davantage
préservés les intérêts culturels,
sociaux, et économiques de nos Peuples respectifs. Cette
Europe là pourrait concourir à
rééquilibrer les rapports
Nord/Sud, aboutir à une logique
de développement durable, tout
en recentrant la notion de plus en
plus éthérée d' " économie " sur
l'homme et ses besoins réels.
Cette Europe là, que les nationalistes
corses appellent également
de leurs voeux, ne serait pas bâtie
à partir des seules prérogatives
d'Etats centraux, aujourd'hui
contestés dans leur légitimité et -
l'exemple de la France est à cet
égard édifiant - frileusement
repliés sur des identités virtuelles.
Non, cette Europe là serait un
contrat permanent et évolutif entre
les Peuples des nations réelles,
reconnus dans tous leurs droits, et
partageant ce qui a fait le plus
défaut jusqu'ici : un vrai sentiment
européen.
Indipendenza, sola sperenza...
Et, pour tous les intervenants, la
seule voie pour y parvenir de
manière concrète est l'accès de
nos Peuples à une indépendance
nationale qui leur permette de se
faire entendre directement, et
écouter, au sein des assemblées
européennes, comme a pu le faire,
par exemple, l'île de Malte ; il suffit
de se référer au dernier projet
de constitution européenne pour
le constater, tant ce dernier
contient de propositions prenant
en compte la situation spécifique
de Malte. Ce n'est certainement
pas en demeurant arrimé au
bateau ivre français que notre
pays pourra défendre ses intérêts
dans l'Europe que d'aucuns nous
préparent.
Ainsi, le débat sur la question
européenne semblait s'achever sur
une affirmation apparemment
amplement partagée, et qui pourrait
conclure bien d'autres débats :
indipendenza, sola sperenza...
Eric Simoni
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