Meeting de C.N.I. à Corti
Je voudrais, au nom de Corsica Nazione
Indipendente, remercier chaleureusement toutes
les délégations étrangères qui, cette année
encore, nous ont fait l'amitié de participer à ces
Ghjurnate, remercier également toutes les
militantes et tous les militants qui se sont donnés sans
compter, et sans lesquels ces Ghjurnate ne pourraient se
tenir.
Je voudrais également envoyer un salut fraternel à tous
nos frères qui sont aujourd'hui dans les prisons françaises
; je veux saluer leurs familles, dont la plupart sont représentées
à ces journées.
Nous saluons tous ceux qui comparaîtront bientôt devant
des juridictions françaises, nous pensons notamment aux
Marins du Pasquale Paoli, qui, pour une action syndicale,
sont promis à la Cour d'Assises ; nous pensons à Yvan
Colonna, otage de la raison - ou plutôt de la déraison -
d'un état étranger.
Nous avons également une pensée pour tous ceux qui
nous ont quittés, et tout particulièrement Ange-Marie
Tiberi. Il était un militant exemplaire, intelligent et courageux
au delà de toute mesure. Il était aussi et surtout
notre ami. Il nous manque chaque jour.
Nous pensons également à notre ami Jean-Luc Ottavi,
militant de C.N.I, qui a perdu sa fille Aurélie, cette nuit,
dans un accident. Nous sommes avec lui et sa famille.
L'idée indépendantiste :
une " certaine idée de la nation "
Lors de notre dernière Assemblée Générale, les militants
de Corsica Nazione Indipendente ont demandé à leurs
responsables de faire vivre l'idée indépendantiste, et de
la populariser toujours davantage au sein du peuple
corse.
Car parmi tous ceux qui défendent la nation, il y a des
options politiques et des aspirations différentes, qui
méritent d'être exprimées dans leur spécificité.
Il y a notamment les indépendantistes, qui ont une " certaine
idée " de la nation.
Les indépendantistes sont ceux qui pensent que la présence
française en Corse n'a pas vocation à se poursuivre
jusqu'à la fin des temps, même dans le cadre d'une autonomie.
Ils considèrent que la légalité française n'est, sur la terre
de Corse, qu'une légalité transitoire.
Ils pensent que la Corse n'est pas une Collectivité territoriale
de droit français, mais, pour paraphraser " A
Cispra " du début du XXe siècle : " Una nazione vinta chì
hà da rinasce ! "
Ils pensent que l'Assemblée de Corse de demain n'a pas
vocation à être une Assemblée territoriale mais une
Assemblée Nationale.
Les indépendantistes ne sont pas des passéistes, ils
savent que l'indépendance est une idée moderne, adaptée
aux besoins d'aujourd'hui pour des nations comme la
nôtre…
Ils se souviennent des sarcasmes des clanistes qui, dans
les années 60, leurs disaient " L'indipendenza ? È cosa
manghjerete, e castagne ? " Oghje, cù a Francia, certi
Corsi un ponu mancu più manghjà e castagne…
Les indépendantistes tirent toutes les conséquences de
l'échec de la politique française en Corse, aux plans économique,
social, culturel…
Ils ont également suivi l'évolution géopolitique de ces
dernières années.
Les indépendantistes ont observé avec attention l'adhésion
à l'union Européenne de Malte, 25 fois plus petite
que la Corse.
Ils ont vu le Montenegro devenir indépendant, il y a seulement
quelques mois…
Ils savent que l'Islande, d'une population comparable à la
Corse, a su, malgré un environnement naturel difficile,
augmenter le niveau de vie de ses habitants grâce à son
statut de nation indépendante… Il est aujourd'hui l'un des
plus élevés du monde.
Les indépendantistes corses ont enregistré avec joie le
succès électoral des indépendantistes écossais, qui participent
chaque année à ces Ghjurnate Internaziunale…
Ils sont désormais le premier parti d'Ecosse.
Les indépendantistes corses ont salué les progrès politiques
des indépendantistes Tahitiens, autres invités habituels des Ghjurnate…
Les indépendantistes corses se sont réjouis du départ, la
semaine dernière, de l'armée britannique de la terre
d'Irlande, après 38 années d'occupation.
Les indépendantistes corses partagent avec leurs frères
des autres pays en lutte, non seulement une " certaine
idée de la nation ", mais également une certaine idée de
l'homme. Ils défendent les notions de liberté, de respect,
d'amitié entre les peuples…
Les indépendantistes corses prétendent que nos vieilles
nations ont droit à l'existence en tant que telles, et non
comme simples entités administratives soumises à un
droit étranger…
Les indépendantistes
corses sont ceux
qui refusent
d'admettre les
règles du jeu imposées
par l'adversaire.
Ils se refusent à
qualifier de démocratie
ce système
inique qui s'est jadis
imposé sur leur
terre par les armes
et qui voudrait
aujourd'hui, à travers
ses textes et
ses administrations,
en finir avec le peuple
corse.
Les indépendantistes n'admettent pas une pseudo démocratie,
fondée sur des scrutins pervertis par les pratiques
frauduleuses et sur un corps électoral qui s'éloigne chaque
jour davantage de la nation corse historique.
Celle-ci, qui s'est forgée au cours des siècles à l'aide d'apports
successifs, a toujours su accueillir de nouveaux
arrivants en préservant la cohésion culturelle de l'ensemble.
Aujourd'hui, cette cohésion culturelle est plus que menacée
car le système français s'y attaque systématiquement
et avec opiniâtreté depuis trop longtemps, en organisant
une colonisation de peuplement, en procédant à
une décorsisation des emplois, en se livrant à un accaparement
de notre terre, à un affaiblissement de notre langue
et donc des valeurs qu'elle porte…
Les indépendantistes sont ceux qui disent que le peuple
corse ne peut être confondu avec le corps électoral
actuel, produit d'une colonisation de peuplement qui vise
à diluer notre communauté nationale pour régler le problème
que pose la Corse à Paris.
Pour les indépendantistes corses, ce corps électoral, et
donc les scrutins organisés à partir de ce dernier, sont
affectés d'un vice rédhibitoire. En l'état, leurs résultats
ne peuvent être considérés par les nationaux corses
comme le reflet de la démocratie, pas plus que ne peut
être reconnu le système juridique qui en découle et la
prétendue acceptation par les Corses de ce système.
À cet égard, la France doit reconnaître nos droits,
comme elle l'a fait récemment pour le peuple Kanak en
procédant à une révision constitutionnelle relative au
corps électoral.
Les indépendantistes corses, parce qu'ils n'admettent pas
que des règles du jeu truquées soient baptisées démocratie
et que l'on prétende les imposer à tous, ne sauraient
accepter de condamner ceux qui combattent un tel système
d'oppression, quels que soient les moyens qu'ils ont
choisis.
Les indépendantistes de Corsica Nazione Indipendente
réaffirment ici,
solennellement,
leur totale solidarité
patriotique
et politique
avec les militants
du
l'Union des
Combattants
Front de
Libération
Nationale de la
Corse.
Enfin, les indépendantistes
sont ceux qui
considèrent que
le problème
corse n'est pas
réductible à un
problème économique - qui existe bien cependant - ni
même au problème administratif de l'évolution institutionnelle
de la Corse - qui est pourtant une réalité.
Le problème corse est avant tout un problème politique,
qui doit être posé à ce niveau par une reconnaissance
sans ambiguïté de la part de la France du peuple corse et
de ses droits.
Voici donc ce qui caractérise les indépendantistes corses
de la Lutte de Libération Nationale : à la fois l'objectif
clair de souveraineté pleine et entière, mais également
un regard porté sur les différents moyens de lutte.
Ce discours, qui est le nôtre, nous avons bien l'intention
de le porter devant les Corses avec toute la force de
conviction dont nous pourrons faire preuve, mais également
face à Paris, avec une détermination sereine, mais
sans faille.
Corsica Nazione Indipendente et le pôle indépendantiste
Compte tenu de l'importance de la tâche à accomplir et
de la lutte à mener dans les mois et les années à venir,
Corsica Nazione Indipendente a décidé de se redéployer sur tous les terrains et de lancer une vaste campagne
d'adhésions. Celle-ci débute aujourd'hui même. En effet,
notre parti, formation principale du Mouvement national,
constitue un instrument indispensable à l'émancipation
du peuple corse et l'épanouissement de l'idée indépendantiste.
Nous appelons tous les Corses qui se reconnaissent
dans la lutte de libération nationale, tous les
indépendantistes, à rejoindre nos rangs, à s'investir, à
militer, à mettre un peu de leur temps et de leur énergie
au service de la nation.
Par ailleurs, nous appelons toutes les formations qui,
comme la nôtre, se réclament de la Lutte de Libération
Nationale et de l'objectif d'indépendance, à constituer
un pôle indépendantiste. Cette initiative de notre part se
prolongera, dans les jours à venir, à travers une poursuite
de la concertation qui a débuté aujourd'hui.
Les autres nationalistes
À côté de notre courant, le courant indépendantiste de
la Lutte de Libération Nationale, il en existe un autre :
autonomiste, " évolutionniste "… Il ne nous appartient
pas de le définir. C'est aux militants qui s'y reconnaissent
de le faire, de préciser leur ligne politique et de faire
vivre les idées qui leur tiennent à coeur… Au-delà des différences
d'appréciation, il est évident que ce qui nous
rapproche de ces militants est important. Ils sont nos frères.
La nation a besoin de leur courant, comme elle a
besoin du nôtre.
L'Assemblée Générale de Corsica Nazione Indipendente a
décidé de mettre un terme à une confusion préjudiciable
à la lutte nationale, à une dilution des idées des uns et
des autres. Elle a voté une délibération reconnaissant
que la pluralité du mouvement national est une richesse.
Celui-ci étant représentatif de la nation, il ne saurait
constituer un parti unique.
L'Assemblée Générale de Corsica Nazione Indipendente a
en outre confirmé la nécessité d'une véritable union de
tous les nationaux, organisée autour des deux pôles historiques
du mouvement national corse. Notre engagement
au service de l'union ne saurait être mis en doute
par personne. Il ne sera pas démenti dans les mois ou les
années à venir. Il va de soi que cette union patriotique ne
saurait être réduite à une alliance électorale et institutionnelle,
démarche qui a malheureusement trop souvent
eu cours.
La situation politique corse
En Corse, le paysage politique baigne dans la plus grande
opacité. Les sigles des formations françaises n'ont plus
aucune signification, la plupart des élus d'un même parti
ayant des idées extrêmement différentes sur l'avenir de
la Corse, et parfois même sur celui de la commune ou du
canton ! Bien souvent, la seule chose qui les rapproche,
est la volonté de poursuivre une carrière personnelle. À
cet égard, le référendum de 2003 relatif à l'avenir institutionnel
de l'île a permis de constater que l'on trouvait,
à la direction des mêmes partis, de chauds partisans et
d'irréductibles adversaires de la réforme. Sans compter
ceux qui disaient publiquement y être favorable tout en
demandant à leurs obligés de faire voter " non " !
Dans cette confusion, le mouvement national doit savoir
identifier les démarches les plus nocives, et les combattre
de façon claire et publique.
Nous prendrons simplement deux exemples :
Monsieur Zuccarelli a voulu, depuis plusieurs années, se
présenter comme l'ennemi du mouvement national, et
même de toute idée visant au maintien du peuple corse
sur sa terre. Son Association " La Corse dans la
République " dit les choses sans ambages : elle propose
simplement de noyer le problème corse sous un flot de
nouveaux arrivants. Cette démarche est mortelle pour la
Corse et il faut y mettre un terme. C'est pourquoi Corsica Nazione Indipendente a contribué publiquement, dans la
plus grande transparence et de façon déterminante, à la
défaite d'Emile Zuccarelli aux élections législatives.
Cette offensive devra être poursuivie et menée à son
terme, jusqu'à la destruction du système Zuccarelli, déjà
centenaire et que l'on projette de confier à un nouvel
héritier. Ce système doit être détruit, car, au-delà même
de ses appels quotidiens à la répression, Monsieur
Zuccarelli a bien pour projet - il ne le cache même pas -
la disparition du peuple corse et son remplacement dans
l'île par de nouveaux habitants.
Autre exemple, Camille de Rocca Serra et sa volonté affichée
de " désanctuariser " la Corse. Il a, lui aussi, dit les
choses on ne peut plus clairement : il s'agit de recouvrir
notre pays de béton, ce qui a été évité jusqu'ici grâce à
l'action des nationaux, et tout particulièrement celle du
FLNC.
Ici encore, le mouvement de libération nationale doit
demeurer le rempart qu'il a été jusqu'à aujourd'hui, et ce
au prix de multiples difficultés et de nombreux sacrifices.
Ces deux exemples ne sont pas les seuls que nous pouvons
citer, mais ils sont tout à fait emblématiques. Il ne
s'agit pas pour nous de nous livrer à des attaques ad
hominem, mais bien d'identifier et de combattre des
démarches qui constituent un péril mortel pour le peuple
corse. Dans les mois à venir, il nous faudra nous consacrer
sans répit à cette lutte pour la survie de notre communauté
historique.
Le rapport à la France
Depuis quelques semaines, Paris s'est donné un nouveau
Président de la République et un nouveau gouvernement.
Compte tenu de l'état de délabrement de l'opposition,
ces nouveaux responsables auront toute latitude dans
leur politique à l'égard de la Corse, comme dans les
autres domaines. Ce pouvoir rarement égalé, presque
absolu, ils pourront le mettre au service du meilleur
comme du pire. Et même si nous avons, par le passé, plutôt
connu le pire, nous abordons cette nouvelle période
de nos relations avec Paris avec la détermination tranquille
d'un mouvement prêt à faire face à toute situation.
Comme tous les Corses, nous espérons bien sûr que
la raison finira par s'imposer et que l'on trouvera les voies
d'une sortie de crise. Toutefois, il est une exigence au
sujet de laquelle nous ne saurions transiger : le peuple
corse doit retrouver les moyens de sa survie et la maîtrise
de son devenir.
Dans cet esprit, nous avons rédigé un projet politique en
25 points qui, bien qu'émanant d'un parti résolument
indépendantiste, ne constitue pas un projet d'indépendance.
Il s'agit d'une série de propositions pour une avancée
concrète.
S'y trouvent un certain nombre de fondamentaux du
mouvement national, mais également des dispositions
nouvelles. Ce projet pourrait servir demain de base de
négociation avec l'état français . Nous le soumettons
aujourd'hui à l'opinion corse, et tout particulièrement
aux militants nationaux. Il constitue également une initiative,
un message clair à l'adresse de Paris. Nous
ouvrons aujourd'hui une voie vers un avenir d'apaisement
et de construction. À chacun de prendre ses responsabilités.
Ce projet est d'un niveau supérieur aux accords issus du
processus de Matignon car depuis 2000, la situation de
notre pays s'est aggravée, sur les plans économique,
social, culturel, politique : la dépossession de la terre,
des emplois, la précarité, le déclin de notre langue, la
paralysie des institutions corses… Ce constat appelle de
toute évidence des mesures énergiques.
Mais en même temps, il n'y a rien dans ce projet qui soit
inacceptable pour un gouvernement français désireux de
sortir de la crise. Ce projet est un compromis historique
comme l'a été, à la fin des années 90, l'accord du
Vendredi saint pour l'Irlande. Il préserve bien évidemment
toutes les possibilités d'accession future à l'indépendance,
puisque tel est - et demeure - notre objectif
à terme.
À l'adresse de notre jeunesse
Nous voudrions, pour en terminer, nous adresser à la jeunesse
de notre pays. Nous savons qu'à bien des égards,
vous pouvez être inquiets pour votre avenir et celui de la
Corse. Pourtant, l'Histoire vous offre une chance exceptionnelle,
celle de participer à la plus belle oeuvre qui
soit : l'oeuvre de reconstruction nationale. Issus d'une
vieille nation historique installée depuis le fonds des
âges sur une terre bénie des dieux, vous pouvez contribuer
à la construction d'un pays moderne, mais qui ne
serait pas coupé de ses racines, ouvert aux autres tout en
étant lui-même, fier de son histoire et prêt à affronter
l'avenir.
À nos jeunes qui éprouvent les plus grandes difficultés, à
ceux qui attendent chaque jour une lettre d'embauche
qui n'arrive pas, nous disons : " N'abdiquez pas votre
liberté en entrant dans un système clientéliste qui ne
vous réservera qu'une aumône. Battez-vous. N'acceptez
pas d'être considérés comme les laissés-pour-compte
d'un département français, alors que vous êtes l'avenir
d'une nation. "
À nos étudiants, en particulier ceux de l'Université
Pasquale Paoli, nous disons : " Ne partez pas faire votre
vie professionnelle à l'étranger, comme l'ont fait trop de
Corses qui n'avaient pas le choix, mettez vos compétences
au service de votre pays, dont vous êtes l'espoir. Et
surtout, battez-vous ! "
À l'ensemble de notre jeunesse nous disons : " Battezvous,
ne renoncez jamais à être ce que vous êtes, les filles
et les fils d'une terre, d'un peuple auquel vous devez
tout et qui, aujourd'hui, menacé de disparition, attend
tout de vous ! "
Evviva a Corsica Nazione !
Jean-Guy Talamoni
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Corsica Nazione Indipendente — 2008 |
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