Conférence internationale sur les processus de paix et d’accession à la souveraineté en Europe :
la voie - et les voix - de la solidarité
Le Samedi 29 avril s’est tenue à Bastia la première conférence internationale sur les processus de paix
et d’accession à la souveraineté en Europe. Organisée sous l’égide de U Ribombu internaziunale et de A Nazione, cette manifestation ouverte au public aura été enrichissante à plus d’un titre, tant au niveau des débats que par les positions communes qui l’ont conclue.
Après une introduction de Jean Guy
Talamoni, rappelant l’action internationale
de Corsica Nazione
Indipendente, Jacques Orsoni, professeur
à l’Université de Corti, devait
d’une part préciser certaines données
d’ordre économique caractérisant la
situation actuelle de la Corse, mais
aussi apporter des éléments de
réflexion qui trouveront ultérieurement
d’autres prolongements.
En
effet l’aspect fondamental du sujet
abordé et la pertinence du propos
nous conduiront dans les mois à
venir à d’autres échanges et à
d’autres développements uniquement
consacrés à cette question. Quoiqu’il
en soit, on peut d’ores et déjà affirmer,
indépendamment de toute
approche dogmatique, que c’est bien
l’état de dépendance dans lequel a
été maintenu notre pays qui lui a
interdit toute possibilité de développement
réel ; dès lors il paraît indispensable,
pour ne pas dire vital, de
rompre avec cette logique de mise
sous tutelle et d’ « économie de
rente », pour répartir entre tous la
possibilité de créer de la richesse,
afin que chacun soit en mesure de
vivre dignement de son travail. Dans
cette perspective, pour les représentants
basques, catalans et corses présents
lors de cette rencontre, le cap
doit résolument être mis sur l’indépendance
nationale.
C’est d’ailleurs
l’absence d’un objectif clairement
défini qui, entre autres, explique la
défaillance et l’incompétence des
politiciens aux affaires en Corse,
incapables, depuis toujours, de fixer
un tant soit peu le cadre macro économique
au sein duquel le développement
des diverses activités aurait
pu se réaliser. À cet égard, Jacques
Orsoni a souligné l’importance de la
mise en place d’un institut corse de
la statistique qui pourrait enfin, en
toute transparence, nous livrer les
données nécessaires à l’élaboration
de nos propres choix. Jean Guy
Talamoni devait rappeler, fort à propos,
qu’il s’agissait là encore d’une
revendication qui avait été portée par
les nationalistes à l’assemblée de
Corse, et qui se heurtait toujours à
l’hostilité d’une classe politique soumise
à Paris. Enfin, Jacques Orsoni
nous invitait à nous pencher sur le
cas d’un pays insulaire dont les données
démographiques sont comparables
à celles de la Corse (près de
300000 habitants), un pays dont la
volonté d’indépendance a entraîné
une réussite socio-économique que
beaucoup lui envient, l’Islande ; malgré
sa position géographique peu
favorable, et une situation antérieure
des moins confortables, cette petite
nation a aujourd’hui le troisième
P.I.B. par habitant du monde. En
effet, malgré qu’elle ait été frappée
de plein fouet par le choc pétrolier
de 1970, avec une inflation qui grimpa
jusqu’à 59 % en 1980, l’Islande
peut, aujourd’hui, grâce à des choix
judicieux que seule une nation indépendante
est capable de faire, se prévaloir
d’une des économies les plus
prospères au monde ! Les chiffres
parlent d’eux même : en 2005 l’économie
islandaise se caractérise par un
revenu par habitant de 34500 dollars,
une croissance du P.N.B. de 5,9 % ,
un taux de chômage d’à peine 2 %,
une inflation à
4 %, et un budget de l’Etat dégageant
un surplus .
De la Catalogne au
Pays Basque, une même
soif de paix et de liberté
Uriel Bertran, député au parlement
de Catalogne (l’équivalent d’un
ministre) était accompagné de Jordi
Miró, président de l’association
Catalunya-Corsica, et artisan depuis
toujours du rapprochement de nos
deux nations. Tous deux représentaient
Esquerra Republicana Catalana
(E.R.C.), parti indépendantiste actuellement
au pouvoir, et c’est Uriel
Bertran qui devait prendre la parole,
pour saluer en langue corse l’assistance,
puis, après avoir rappelé de
manière anecdotique la similitude
historique entre le drapeau de guerre
catalan et le drapeau corse, exprimer
la solidarité de son mouvement et
son engagement aux côtés de Corsica
Nazione Indipendente. Pour Esquerra
Republicana, la problématique
actuelle, en Corse comme ailleurs, repose sur un déni de justice ; pour
pouvoir enfin parler de justice il faudrait
satisfaire les revendications suivantes
:
- Reconnaissance du peuple et de
son droit à disposer de lui-même ;
- Obtention, dans l’immédiat, d’une
plus grande autonomie ;
- Contrôle de l’économie pour
contrecarrer les effets de la spéculation
;
- Respect des droits sociaux ;
- Développement de la culture
(langue, …) ;
- Participation de tous les citoyens à
un processus de paix, ce qui
implique la libération des prisonniers
politiques qui doivent être aussi partie
prenante de ce processus.
Par ailleurs, reprenant certains arguments
d’ordre économique et social,
les Catalans expliquaient, qu’après
une phase de large autonomie, l’indépendance
était possible, et qu’aujourd’hui,
contrairement à certaines
assertions, les petits Etats sont
viables, y compris au sein d’une
Europe en construction.
Depuis plusieurs mois, le statut de
la Catalogne est en discussion, et le
gouvernement catalan avait déjà
approuvé un certain nombre de dispositions
qui, définissant la Catalogne
comme une nation à part entière, lui
permettaient d’accéder à une plus
large autonomie, lui conférant le
pouvoir de décider des entrées dans
le pays (politique d’immigration)
dans la perspective d’une meilleure
intégration, mais aussi d’acquérir des
pouvoirs accrus dans le domaine de
l’éducation, et la possibilité de voir le
fruit des impôts acquittés par les
Catalans revenir à leur gouvernement
afin d’être réinvesti au niveau social.
Ce statut, pourtant approuvé par
l’instance légitime, à savoir le parlement
catalan, a été refusé par le gouvernement
de Madrid. Depuis, ERC
rejette la nouvelle proposition de statut
élaborée par les autonomistes du
parti CIU et la gauche espagnole, et
réclame la tenue d’un référendum sur
le thème de l’autodétermination, si
l’Etat espagnol continue de refuser le
projet initial.
En ce qui concerne le Pays Basque,
là aussi, Xabi Larralde et Karmelo
Landa, pour Batasuna, considèrent
que c’est à la société basque, et à elle
seule, que doit revenir le droit de
décider du statut d’Euskadi, et que ce
droit doit être reconnu par l’Etat
espagnol. Ils ont rappelé les terribles
années du conflit qui, jusqu’à la dernière
initiative de paix de l’organisation
E.T.A., a secoué leur pays, et
sont revenus sur les diverses formes
qu’avait pu revêtir la répression espagnole
et française, soulignant la collaboration
étroite des deux pays, tant
sur les plans judiciaire et policier officiellement
assumés, qu’en ce qui
concerne les menées illégales et
autres barbouzeries parfaitement
illustrées par les crimes perpétrés par
le G.A.L., dont les ramifications françaises
ne sont un secret pour personne.
Les représentants basques ont
également posé une question fondamentale,
qui, au delà des diverses
sensibilités politiques, est, semble-t-il,
la seule qui vaille lorsqu’il existe une
volonté de paix réelle et partagée :
était-il nécessaire de payer le prix de
tant d’affrontements, de tant de
drames, pour en arriver à une vraie
discussion sur les droits fondamentaux
du peuple basque et sur l’exercice
de la démocratie ?
Aujourd’hui encore, l’attitude de
l’Etat espagnol, malgré quelques
signes encourageants, reste parfois
très ambiguë, et on le sent souvent
tenté par le reniement de la parole
donnée, ce qui décidément, a l’air de
devenir une constante, d’un côté ou
de l’autre des Pyrénées. D’ailleurs, la
posture (ou l’imposture ?) de l’Etat
français, qui n’a jamais reconnu
l’existence du problème politique
que lui pose le Pays Basque, a été
sévèrement critiquée, et il semble
grand temps pour lui de s’impliquer
réellement dans la résolution du
conflit, comme il a su si bien le faire
jusqu’ici lorsqu’il s’agissait de réprimer
la lutte nationale du peuple
basque. Beaucoup de chemin reste
donc à faire, et pour les porte-parole
de Batasuna, il se pourrait, malheureusement,
que le processus de paix
ne puisse arriver à son terme. Là
encore, Madrid détient un certain
nombre de réponses qui ne devraient pas trop tarder à être données. Mais
la construction nationale, comme cela
a été exposé, elle, n’attendra pas ;
elle continuera à se faire, en dotant le
peuple, au quotidien, d’outils lui permettant
d’avancer vers sa souveraineté,
dans le cadre d’une stratégie
offensive, ce qui a permis à Xabi
Laralde de rappeler, non sans une
pointe d’humour, que « la meilleure
défense, c’est l’attaque » ; l’accent a
également été mis sur la nécessité de
se doter, en Pays Basque aussi, d’un
observatoire économique et social
qui permette de travailler sur des
données statistiques fiables, afin de
faire avancer les projets les plus pertinents.
La Corse, dernier
abcès de fixation en
Europe ?
En Corse, comme devaient notamment
le rappeler François Sargentini
et Jean Guy Talamoni, pour Corsica
Nazione Indipendente, depuis le
coup d’arrêt donné au « processus de
Matignon », par l’éviction (temporaire ?)
de Lionel Jospin de la scène politique
française, l’heure n’est pas au dialogue,
mais bel et bien au blocage de
toute discussion et au rapport de
force stérile sur fond de répression.
La dernière visite de Nicolas Sarkozy
fut à cet égard édifiante ; tant de
hauteur de vue, de compréhension et
de sens de l’à propos nous rappellent
l’époque où Charles Pasqua avait
déclaré vouloir « terroriser les terroristes
», ce qui avait donné des résultats
spectaculaires, on s’en souvient,
en terme de retour au calme et de
rétablissement de l’ « ordre républicain
». Sans ironiser davantage, il est
quand même consternant, comme le
faisait remarquer à juste titre François
Sargentini, que le « dossier corse »
soit sans cesse traité par le ministère
de l’intérieur français. Cela en dit
long sur la volonté de dialogue de
l’Etat français en Corse ; il n’est pas
étonnant dans ces conditions
qu’Emile Zuccarelli ait pu être un
jour ministre, tenez vous bien, de la
décentralisation ! Autant mettre Jack
l’éventreur à la condition féminine !
Ce n’est pas un hasard si Camille de
Rocca Serra et le maire de Bastia se
retrouvent aujourd’hui sur des positions
souvent superposables dès qu’il
s’agit de brader les intérêts du peuple
corse et de faire allégeance à Paris.
La question corse fut d’ailleurs au
centre des échanges qui suivirent les
exposés des différents intervenants,
même si certains auditeurs demandèrent
des précisions supplémentaires
sur les luttes basques et catalanes,
tout en évoquant également le processus
irlandais. L’assistance, nombreuse
et attentive a participé de
manière déterminante à la tenue de
débats qui se sont d’ailleurs prolongés
pendant plus de deux heures, et
auxquels il a bien fallu mettre un
terme malgré l’intérêt manifesté par
tous les participants ; ce sont des
signes qui ne trompent pas et qui
sont tout à fait symptomatiques de la
réussite de cette première conférence.
Les questions furent toutes pertinentes,
notamment celles portant sur
les possibilités de faire entendre de
manière unitaire la voix des nations
sans Etat au sein de l’Europe ; les
différentes formations nationalistes
corses étaient représentées, et cette
présence plurielle est à elle seule le
gage d’une démocratie vivante et
bien réelle au sein de la nation, s’opposant
en tous points à la mainmise
d’un système qui n’a jamais renoncé,
pour l’heure, à pourchasser les idées,
et à réduire l’expression, pourtant
inéluctable, de notre conscience
nationale.
Paul-Félix Benedetti, pour le
Rinnovu, précisa que les situations
conjoncturelles de nos nations respectives
étaient actuellement différentes
et que l’Etat français ne laissait
guère au peuple corse d’autre choix
que la lutte. François Alfonsi, rappelant
les positions de principe du
P.N.C., soulignait la nécessité de
développer une démarche d’ouverture
pour contrecarrer la logique de
l’Etat qui mise sur le repli et l’isolement
des nationalistes depuis toujours.
Jean Biancucci, pour Chjama
naziunale, salua à son tour cette nouvelle
manifestation des liens qui unissent
nos trois nations, et insista,
compte tenu des tristes réalités du
bilan économique et social actuels,
sur la nécessité de procéder par
étapes concrètes afin de parvenir aux
buts que se fixe le mouvement national.
On pouvait noter par ailleurs
dans la salle la présence de Jean-
Noël Paoli (Fronte Pupulare) et des
responsables des associations humanitaires
de soutien aux prisonniers
politiques comme Félix Bonardi
(Riscossa Paisana) et Ghjuvan Filippu
Antolini (Cumitatu contr’à A
Ripressione).
Les différents intervenants, au-delà
des diverses sensibilités, ont tous
convenu que les éléments du blocage
actuel étaient le fait de l’Etat français,
et que les solidarités internationales
ne pouvant que servir la cause de la
paix, celles-ci devaient être renforcées.
Ce fut en quelque sorte la conclusion
que les représentants de Corsica
Nazione Indipendente devaient
reprendre à leur compte, en réaffirmant
leur attachement à la poursuite
de la démarche d’Unione Naziunale,
et à la plus large concertation, dans
un souci d’unité d’action, entre toutes
les composantes du mouvement
national.
La déclaration
commune
À l’issue de cette conférence, a été
adoptée une importante déclaration
commune, qui a d’ores et déjà suscité
de nombreuses réactions positives au
-delà de nos frontières, et dont voici
la teneur :
« Les organisations soussignées,
représentatives des luttes des peuples
basque, catalan et corse, déclarent
solennellement :
- Que les droits culturels, économiques,
sociaux et politiques de leurs
peuples sont inaliénables ;
- Qu’ils ne peuvent s’exprimer pleinement
qu’à travers une souveraineté
pleine et entière : l’indépendance
nationale ;
- Que les conflits armés existants ne
peuvent trouver d’issue qu’à travers
un dialogue conduisant à une solution
négociée politique qui garantisse
l’exercice du droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes.
Elles affirment leur engagement
pour obtenir le respect des droits
nationaux de leurs peuples. »
FIRST INTERNATIONAL CONFERENCE ABOUT PEACE
AND ACCESS TO SOVEREIGNTY PROCESSES
IN EUROPE
Statement
The subscribing organizations, representative of the fights of the Basque, Catalan and Corsican people, solemnly declare :
- That the cultural, economical, social, political rights of our people are inalienable ;
- That they can totally express themselves only through an entire sovereignty : national independence ;
- That the existing armed struggles can only be resolved by a discussion leading to a negotiated solution which would guarantee the right of people to decide for themselves.
They affirm their involvement to obtain the respect of the national rights of our people.
BATASUNA
ESQUERRA REPUBLICANA CATALANA
CORSICA NAZIONE INDIPENDENTE
Diciulone
|
|
| |
©
Corsica Nazione Indipendente — 2008 |
|