Toutes les luttes de libération se sont toujours appuyées sur un soutien international. C'est
un élément que les dirigeants de Corsica Nazione Indipendente ont parfaitement compris.
Ils étaient à Tonalestate en Italie pour parler de la lutte du peuple corse pour retrouver son
indépendance.
Comme chaque année, Corsica
Nazione Indipendente a été
représentée aux journées
internationales organisées par l'association
Tonalestate, à Ponte di Legno,
dans les Dolomites (Italie). À cette
occasion, Gabriel Mouesca, ancien
prisonnier politique basque et actuellement
Président de L'Observatoire
International des Prisons, a fait une
importante conférence sur la condition
carcérale en France. Pour sa part,
Jean-Guy Talamoni a présenté la
question corse à l'auditoire, sous l'angle
proposé cette année par les organisateurs
de Tonalestate (voir ci-dessous).
Pour cette nouvelle édition,
le comité directeur de l'association
avait choisi le thème suivant : "
Per un principio superiore - La politica…
", le point de départ des débats
étant constitué par une citation de
Machiavel et un tableau de Füssli : "
L'incube ".
En marge de cette manifestation, la
délégation de Corsica Nazione
Indipendente a eu une longue rencontre
bilatérale avec la délégation du
Sinn Féin, à un moment où, en
Irlande, l'actualité s'accélère et la
cause de la paix semble avancer à
grands pas.
Petru Paulu Ottavi
Extraits de l'intervention de Jean-Guy Talamoni à Tonalestate
" Réconcilier politique et éthique, particulier et universel… Cet objectif peut
paraître utopique. Pourtant, c'est l'objectif inverse qui ne l'est pas. Est-ce que
l'on peut sérieusement imaginer que des milliards d'êtres humains vont
renoncer sans sourciller à être ce qu'ils sont ? Autrefois, on expliquait aux
colonisés qu'ils devaient se soumettre au nom de la civilisation. Depuis déjà
un siècle, il est admis, à travers le " relativisme culturel ", qu'un système de
valeurs ne peut être jugé à partir d'un autre système de valeurs, et qu'il n'y
a pas de hiérarchie entre les cultures. Comment pourrait-on nous convaincre
d'acquiescer à l'idée de notre disparition collective ? Certainement pas au
nom de valeurs universelles, tant que nous garderons en mémoire ces
quelques mots de Hegel qui furent longtemps médités par Aimé Césaire et
Léopold Sédar Senghor : " Ce n'est pas par la négation du singulier que l'on
va vers l'universel, c'est par son approfondissement. "
Les maîtres du monde doivent se convaincre qu'ils ne se débarrasseront
pas, par les voies policières et militaires, du problème que continuent à leur
poser de petits peuples rebelles comme le nôtre.
La culture stratégique développée par l'Europe depuis la fin de la dernière
guerre mondiale consiste à donner la priorité à la diplomatie, au droit international,
au multilatéralisme. C'est évidemment une bonne chose. On est
passé de la conception de Hobbes, celle d'un monde anarchique, à celle de
Kant et de sa " paix perpétuelle ". On a prétendu abandonner les théories
politiques amorales de Machiavel au profit d'une éthique nouvelle qui a, il
est vrai, apporté depuis 1945 quelques résultats dans les relations entre Etats
européens. Malheureusement, l'unilatéralisme et l'usage brutal de la force
sont, à l'intérieur même de l'Europe, toujours de mise à l'égard de certains
peuples sans Etats qui refusent de disparaître : les Basques, les Corses…
Egalement les Irlandais jusqu'à il y a quelques années.
Les responsables européens les plus puissants devraient réellement oublier
les préceptes machiavéliens - notamment le " divide et impera " si souvent
appliqué en Corse - et mettre en oeuvre à l'intérieur des frontières de l'Union
les leçons qu'ils prétendent enseigner au reste du monde, en réglant les problèmes
basque et corse par la négociation. Ce chemin semble avoir été choisi
pour l'Irlande et l'Union européenne s'est impliquée dans le processus de
paix. Les autorités communautaires ne peuvent, par exemple, laisser la
France traiter le problème corse par une voie répressive porteuse de drames,
d'autant qu'elle est vouée à l'échec.
En ce qui nous concerne, notre message est un message de paix. C'est bien
à une démarche de réconciliation que nous invitons les différentes parties
aux multiples conflits actuels : réconciliation entre les peuples, réconciliation
entre politique et éthique, réconciliation entre particulier et universel. "
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Corsica Nazione Indipendente — 2008 |
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