Au moment où les observateurs français prédisaient la fin de l'Unione Naziunale, la coalition
nationaliste annonce la mise en place d'une nouvelle structuration, la Cuurdinazione. Nous
revenons avec une élue de l'Unione Naziunale sur les derniers événements.
U Ribombu : Jean-Guy Talamoni a
été relaxé par le Tribunal
Correctionnel de Paris, alors que
d'autres militants nationalistes,
comme Carlu Pieri ont été lourdement
condamnés. Quel est votre
sentiment sur ce procès dit
Sarkozy-Courroye qui vient de s'achever ?
Rosa Prosperi : La relaxe de Jean-
Guy Talomoni ne doit rien à la bienveillance
parisienne : son dossier
était totalement vide. Quant aux autres
condamnations, elles sont inacceptables,
compte tenu de la teneur
du dossier. Le groupe Unione
Naziunale a vivement critiqué ce jugement,
force est de constater qu'il n'est
pas fait pour apaiser la situation.
U Rib. : Malgré un dossier vide,
on a tout fait pour condamner ces
militants. Pensez-vous que Paris,
à l'image de l'attitude de Madrid à
l'égard du Mouvement basque ait
voulu accentuer son étau répressif
en cherchant à rendre illégales
toutes les représentations des
indépendantistes corses ?
R. P. : Il est possible que cette idée
ait été celle du gouvernement français.
Ce qui les en a peut-être dissuadé,
c'est le fait que l'opinion publique
ait eu parfaitement connaissance de la
vacuité du dossier. Même la presse
parisienne l'avait soulignée. Pour le
moment, l'Etat français s'est contenté d'éliminer
des responsables
politiques et pas
encore des
mouvements ou des syndicats. Les
tentatives allant dans ce sens dans les
années 1980 ont toutes échoué, mais
on ne peut que constater que la tentation
réapparaît régulièrement.
U Rib. : Les prisonniers politiques
corses sont pour la quasi-totalité
tous incarcérés en France, compris
ceux qui sont condamnés. Cette
situation fait qu'ils sont très éloignés
de leur terre, de leur famille et
de leurs proches, ce qui est contraire
aux lois en vigueur. Cependant,
on entend constamment les autorités
françaises dire que de nombreux
rapprochements à la prison
de U Borgu ont été effectués. Qu'en
est-il en réalité ?
R. P. : Il y a deux ans et demi, quatre
ministres de la République française
ont débarqué à Aiacciu pour s'engager
à rapatrier tous les prisonniers
condamnés. L'un d'entre eux a même
rajouté que cela serait fait sans prendre
en considération la longueur des
peines. Cette promesse n'a jamais été
tenue, seuls quelques patriotes
condamnés ont
été rapatriés,
mais uniquement
ceux qui
auraient dû bénéficier de mesures de
libération conditionnelle depuis bien
longtemps. Il est aujourd'hui évident
que l'Etat français a renié sa parole.
U Rib. : La situation politique en
corse est actuellement bloquée
avec d'une part l'Etat français qui
refuse tout dialogue et de l'autre
une classe politique insulaire
totalement
inféodée, à l'image
de Camille de
Rocca Serra et
d'Ange Santini.
Etes - vous
inquiète pour l'avenir et comment
pensez-vous qu'il soit possible de
sortir de cette impasse ?
R. P. : Dire que les responsables
actuels de la CTC sont inféodés, c'est
un euphémisme. Ils ne prennent pas
la moindre décision sans en avoir
référé à Paris et sans en avoir reçu
l'autorisation. Aujourd'hui, la seule
autorité politique décisionnelle en
Corse, c'est le préfet. Le statut particulier
a donc été réduit à néant par
l'incompétence et la servilité des élus
corses aux affaires. Pour répondre à
votre question, on ne peut qu'être
inquiet pour l'avenir. Quant à dire
comment sortir de l'impasse… Si Paris
ne change pas de position, ce sera
difficile.
U Rib. : Que vous inspire la nomination
de Dominique de Villepin à
Matignon et le retour de Sarkozy
au ministère de l'intérieur ?
R. P. : La position du groupe Unione
Naziunale a été rendue publique il y
a quelques jours
: nous attendons
les premières
paroles et les premiers
actes du
gouvernement et
nous jugerons sur
pièces. Nous sommes toutefois extrêmement
préoccupés…
U Rib. : Les nationalistes corses
auront certainement un grand
rôle à jouer dans les semaines et
les mois à venir. A ce sujet, Unione
Naziunale s'est dotée ces derniers
jours d'un structuration, A
Cuurdinazione, capable de mieux
occuper tous les terrains de lutte.
Pouvez-nous expliquer la démarche ?
R. P. : La création de la
Cuurdinazione correspond à une nouvelle
étape dans l'union. Cette dernière,
que certains observateurs présentaient
comme une coalition électorale
a montré qu'elle avait vocation à être
poursuivie et même renforcée. Sont
présents dans la Cuurdinazione huit
représentants par organisations, ainsi
que les élus nationalistes de l'Assemblée. A Cuurdinazione est en
fait la structuration d'une véritable
direction de l'Unione Naziunale. Elle
prendra dans les semaines et les mois
à venir des initiatives majeures visant
à assurer une présence accrue sur le
terrain dans les domaines qui tiennent
à coeur à tous les nationalistes : la
langue, le peuple, la terre. Il s'agit
notamment d'exiger la création d'un
office de la langue, de lutter contre la
décorsisation des emplois et de notre
terre qui est actuellement vendue à
l'encan à des intérêts étrangers.
U Rib. : Lors du référendum du
29 mai dernier, les Français ont
largement rejeté le projet de traité
de constitution européenne.
Corsica Nazione Indipendente qui
milite depuis plusieurs années
pour une Europe des peuples et
des régions solidaires avait laissé
libre choix à ses électeurs. Selon
vous, ce projet de traité répond-il
pleinement aux aspirations populaires
des Européens, et est-il de
nature à changer la nature des
choses pour une île comme la
Corse ?
R. P. : Les nationalistes ne sont pas
divisés sur la question de l'Europe :
ils sont résolument européens. Ils ne
divergent pas non plus sur la nature
de l'Europe à construire : ils veulent
une Europe des Peuples et une
Europe sociale. Ils sont donc d'accord
sur l'essentiel. En revanche, ils ont pu
avoir des appréciations différentes sur
l'opportunité de voter " oui " ou "
non " lors du référendum. En effet,
certaines organisations ont estimé
qu'il était possible de parvenir un jour
à cette Europe des Peuples et à cette
Europe sociale en passant par cette "
constitution " qui, bien que critiquable,
pourrait constituer un premier
pas vers une Europe politique. C'est
le cas du PNC. D'autres nationalistes,
comme le STC, ont estimé qu'il n'était
pas possible d'avaliser l'Europe qui se
construit actuellement et qu'il était
préférable d'exprimer un refus non
pas de l'idée européenne, mais de ce
que certains sont en train d'en faire.
Chacun a pris sa décision en conscience.
Propos reccueillis par Battì Lucciardi
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Corsica Nazione Indipendente — 2008 |
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